Les joies de la marée, par Patrick Cadour

Autant vous le dire tout de suite, je suis née au bord de la Méditerranée. Alors la marée m’est à peine plus connue que les rivages de la Mer de la Tranquillité… Quant à la côte atlantique, mes pieds –- pour ne parler que d’eux – ne l’ont pas découverte avant mes 20 ans. C’est dire que les joies des balades interminables à marée basse furent pour moi une découverte tardive même si très agréable…

Patrick Cadour, lui, est un Breton pur beurre, même si la vie l’a surpris à se baguenauder le long d’autres rives, notamment africaines.

Patrick, je l’ai connu il y a quelques années via son blog Cuisine de la mer, un vrai bonheur d’écriture et de recettes. Allez y vous y prélasser, je parie que vous adorerez. Que d’heures ai-je passé à m’esclaffer devant ses mots ! Combien de recettes ai-je suivies… J’en ai perdu le compte !

J’ai ensuite « rencontré » Patrick grâce aux « réseaux sociaux » – qui remplissent parfois leur fonction proclamée –, puis un jour, par hasard à Paris, au sortir d’un magasin d’alimentation coréen (ben voyons !)… il y rentrait – ou l’inverse. Il m’a annoncé qu’il travaillait à un livre. Chose annoncée, chose faite : ce livre je l’ai là, entre les mains.

Couv

Ce livre, comment vous dire, c’est vraiment lui ! C’est drôle, intelligent, d’une culture qui ne s’étale pas mais se dévore avec une immense gourmandise, un ouvrage rempli de recettes qui « changent ».
Pourquoi qui « changent » ? Parce que, comme le dit justement Patrick, ce n’est ni un livre de pêcheurs qui s’embourbent dans les détails techniques faute de ne savoir s’écarter des sacro-saintes préparations de base (persillade, marinière, friture, mayonnaise…), ni un livre de recettes traditionnelles compliquées et harassantes à préparer. Non, on tient ici le livre d’un homme comme vous et moi (enfin presque, pour moi) qui aime les produits qu’il pêche et qui aime manger.

Évidemment, curieuse, je suis d’abord allée voir les petites bébêtes que je préfère soit, par ordre d’apparition : l’arapède (oui, je sais, en Bretagne on dit patelle ou bernique, mais je vous rappelle que je suis méditerranéenne…), le bulot, l’ormeau, le poulpe, l’oursin, la coque, la telline… Mais parlons plutôt ici de celles que je n’aime pas. Non, en fait, je les aime toutes, disons « que j’aime moins passionnément ».

Prenons le poulpe pour exemple : le texte est un pur joyau. Après cette lecture, vous n’aurez qu’une envie, celle de plonger dans les eaux de la Méditerranée (oui, Patrick a aussi des amitiés à ventouses sur d’autres rivages) afin que les poulpes s’enroulent voluptueusement autour de vos chevilles (à chacun ses fantasmes, hein !).
Soyons sérieux : vous apprendrez à les capturer, à les attendrir et surtout à les cuisiner. Essayez la recette du Carpaccio de poulpe en bouteille (p.59), c’est amusant à préparer et c’est délicieux. Comme celle du célèbre Poulpe à la galicienne (p.58) que Patrick Cadour agrémente de menthe fraîche, ce qui est une fort bonne idée.

Autre délice : la coquille Saint-Jacques. Dieu sait qu’elle est connue, reconnue, aimée, malmenée, usée, je dirai presque torturée, cette belle coquille ! Ici, vous apprendrez tout sur les lieux de pêche, la manière de la pêcher, le corail… Et puis vous y découvrirez des recettes  toutes simples : en carpaccio, à la braise (une cuisson que l’auteur aime tout particulièrement) truffée ou au beurre de curry (p.121), ou vapeur à la chinoise (p.122). Sans oublier les Saint-Jacques à la bretonne (p.120), directement copiées d’un vieux cahier familial… Nostalgie quand tu nous tiens, tu nous donnes faim.

Et enfin, la moule : le plus populaire de tous les coquillages. Vous apprendrez tout sur les différentes espèces, les moules de bouchot (« non, ce n’est pas une ville, mais un pieu de bois ». Quand je vous parle d’humour !)… Moi je dis oui aux Moules au romarin et au citron (p.228, pour changer « des sempiternelles moules marinières ») et aux Moules façon thaï (p.230).

 

Le livre est émaillé de très jolies illustrations de Séréna Obligato, et de citations joyeuses comme celle de Michel Audiard  – « Une paella sans coquillage, un gigot sans ail, un escroc sans rosette : quelque chose qui déplait à Dieu ! » – ou encore de Gaston Bachelard  – « Dès l‘époque secondaire, les mollusques construisaient leur coquille en suivant les leçons de la géométrie transcendantale ».
Mais les plus jolis mots restent pour moi ceux de l’auteur : « On peut penser que découper ou cuire un crabe vivant est plus horrible que d’écrabouiller un moustique entreprenant, ou des centaines de moucherons sur un pare-brise de voiture, voire refuser de partager son lit avec des punaises. Au moins, le crabe je vais le manger, et ainsi perpétuer le lien charnel qui s’est établi entre l’homme et la nature depuis les origines ».

Et en plus de ces textes très amusants et de ses recettes toujours excellentes, vous saurez tout de ce qui est permis et de ce qui est interdit en la matière. Et lisez bien les conseils de base pour que la pêche à pied soit un plaisir et non un jeu de hasard.

Bref, un livre à emporter non pas au bord de l’eau (vous risqueriez de le mouiller ce qui serait dommage. Les éditions de l’épure, quid d’une version imperméable ?), mais en vacances non loin de la plage pour le bûcher en en tournant les pages… et vous lancer bien vite dans l’exploration du ressac.

 

Récits et recettes du ressac, la pêche à pied, de Patrick Cadour. Les éditions de l’épure, 19 euros.