Les joies de la lecture

Créé à la fin du XIXe siècle, Le Cordon Bleu se présentait comme une « revue illustrée de cuisine pratique ». Et en effet, cette publication regorgeait de recettes : cuisine « élémentaire », avec des recettes de soupes ; cuisine « bourgeoise » (qui ferait aujourd’hui un déjeuner « de 4 couverts », avec hors-d’œuvre, salade de céleri-rémoulade, saucisson de ménage, œufs brouillés aux croûtons, foie de veau à la moissonneuse, compote de pommes à la crème ?) ; « haute-cuisine » (les filets de sole Washington, dont l’explication s’étale sur… 4 pages) ; « petite correspondance », où lecteurs et lectrices demandaient des recettes ou proposaient les leurs ; jolies illustrations de « parisiennes » avec chapeaux et ombrelles ; quelques photos didactiques (« lever les filets de sole ») ; publicités joyeuses (imaginez une publicité en Une d’un journal !) ; et enfin la signature d’Henri Pellaprat, rédacteur en chef (qui signe d’ailleurs quelques articles, les autres étant anonymes)… Bref un journal de cuisine de son temps, comme on en a beaucoup aujourd’hui.

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Et du temps, parlons-en : nous sommes dans ce cas précis en 1939, et le numéro dont je vous parle est daté du 1er janvier 1939 – les bruits de bottes résonnent depuis quelque temps déjà dans l’arrière-cuisine, même si la guerre ne commencera que le 1er septembre. Et au hasard de ma lecture, entre les « harengs à la nantaise » et les « cœurs d’artichauts grand-duc », des suprêmes de poulet : quoi de plus banal ? Eh bien, disons que ceux-ci sont un peu particuliers : des « suprêmes de poulet Mussolini ». Oui oui, vous avez bien lu, Mussolini, « l’illustre homme d’Etat », ainsi que le décrit le texte… Et la recette a été créée « à la demande d’un grand financier italien ». Et je suis sûre que vous apprécierez le choix des couleurs. Je n’en suis pas encore revenue, et je voulais partager avec vous ce moment hallucinant. La cuisine comme métaphore. Bonne lecture !

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